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Intelligence artificielle

Hazanavicius et l'IA : ce que le chiffre de 8 jours de tournage ne dit pas

Vincent Maraval affirme que l'IA a fait gagner huit jours sur The Third Hand. La production nuance. Ce que ça dit des promesses d'IA en production vidéo.

Il y a une phrase qui a beaucoup circulé la semaine dernière dans le milieu de la production : « Sans IA, c’est dix jours de tournage. Avec, c’est deux jours. » Elle est spectaculaire, elle est chiffrée, elle concerne un réalisateur oscarisé. Et quelques heures plus tard, la production du film a expliqué que ça ne s’était pas passé comme ça. C’est exactement le genre d’écart qu’un directeur marketing doit apprendre à repérer avant de bâtir un budget dessus.

La déclaration

Vincent Maraval, patron de la société française Goodfellas, s’exprimait fin septembre à la Creative Investors’ Conference du festival de Saint-Sébastien. Il y a cité The Third Hand, le nouveau film de Michel Hazanavicius, qui vient de terminer son tournage et dont Goodfellas assure les ventes internationales. Le film est adapté du roman d’Arthur Dreyfus paru en 2023, coécrit avec Thomas Cailley, et réunit François Civil, Bérénice Bejo, Rebecca Marder et Michel Fau. Il raconte l’histoire d’un soldat français blessé à Verdun qui se réveille dans le laboratoire d’un savant fou, une main allemande greffée sur l’abdomen.

Selon Maraval, l’IA aurait permis de ramener à deux jours une séquence de champ de bataille qui en aurait demandé dix. Il a présenté l’outil comme un moyen de servir la vision d’un réalisateur tout en étant « plus rentable » pour les investisseurs, dans un marché où la pression financière rend son adoption presque obligatoire. Détail important : Hazanavicius n’était pas présent à la conférence.

La mise au point

Interrogée ensuite par Variety, la productrice Florence Gastaud, qui porte le film avec Hazanavicius au sein des Compagnons du cinéma, a donné une autre version. Selon elle, l’IA n’a pas permis de réduire les jours de tournage sur Verdun. Il y aura bien de l’IA quelque part dans le film, mais pas à cet endroit-là.

Le reste de sa description dit pourquoi. La séquence a été reconstituée intégralement en studio avec sept cents tonnes de terre et de boue, des centaines de figurants et des milliers de mètres carrés de ciels peints à la main. François Civil a passé des journées la tête et les pieds dans la gadoue. On est très loin d’un prompt.

Les deux affirmations ne se recoupent pas, et personne n’a produit de plan de travail. Le film est en postproduction et sera lancé à l’international par Goodfellas.

Pourquoi ce genre de chiffre voyage si vite

La phrase de Maraval n’a pas été prononcée devant des cinéastes. Elle a été prononcée devant des investisseurs, lors d’une conférence consacrée au financement. Dans ce contexte, « dix jours ramenés à deux » n’est pas une donnée de production, c’est un argument. Et c’est une mécanique que nous voyons tous les mois en rendez-vous : un chiffre de gain, sorti d’un cas particulier, remonte la chaîne, perd ses conditions initiales, et atterrit dans un brief sous la forme « on devrait pouvoir diviser le budget par cinq ».

Le problème n’est pas l’IA. Elle sert réellement, aujourd’hui, en repérage virtuel, en prévisualisation, en extension de décor, en nettoyage de plan, en déclinaison de formats. Le problème est la promesse non qualifiée. Un gain réel se mesure sur un poste précis, pas sur un tournage entier.

Les questions à poser quand on vous vend un gain

Trois suffisent, et elles sont valables aussi bien pour une fiction que pour une campagne.

Sur quel poste exactement porte l’économie, et est-ce qu’elle se reporte ailleurs ? Un jour de plateau économisé qui devient trois semaines de compositing supplémentaires n’est pas une économie, c’est un déplacement de coût vers la postproduction.

Qui a constaté le gain ? Le réalisateur, le directeur de production et le vendeur international ne regardent pas le même tableau.

Qu’est-ce qui reste incompressible ? Sur un film de guerre, ce sont les figurants, la terre, la lumière et le temps passé par un acteur dans la boue. Sur un film de marque, c’est souvent le casting, le lieu et la validation client. L’IA ne touche à rien de tout ça.

C’est la méthode que nous appliquons sur nos projets de fiction et de documentaire comme sur les campagnes : on chiffre l’IA poste par poste, devant le client, avant de signer.

Ce qu’il faut retenir

  • Le gain de huit jours annoncé sur The Third Hand est contesté par la productrice du film elle-même, qui affirme que l’IA n’a pas réduit le tournage de Verdun.
  • Une promesse de gain énoncée devant des investisseurs n’a pas la même valeur qu’un plan de travail réel.
  • Avant de valider un budget, demandez toujours sur quel poste porte l’économie et où le coût se reporte.

GORGO Project est un studio de production audiovisuelle à Paris. Films de marque, campagnes, fiction, documentaire et production hybride avec IA générative. Parlez-nous de votre projet.